13 Sentinels Aegis Rim, une version française convaincante pour le T-RPG SF

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Après une réussite remarquée au Japon, 13 Sentinels : Aegis Rim s’apprête à entamer sa carrière occidentale. L’histoire étant le point-clé dans ce nouveau jeu Vanillaware, la traduction est un effort décisif pour rendre le plaisir du jeu accessible au plus grand nombre sur PlayStation 4. Tel est le défi relevé par l’édition française, et le résultat profite à tout le monde.
En français, ça donne quoi?
Il aura finalement fallu moins d’un an pour recevoir 13 Sentinels Aegis Rim en occident. Très bonne nouvelle pour l’hexagone, le titre de Vanillaware est intégralement traduit en français. Il faut saluer les efforts en la matière, puisque la localisation est exemplaire. 13 Sentinels Aegis Rim a cette particularité de juxtaposer plusieurs époques, et par conséquent des niveaux de langue et des champs lexicaux très divers. La traduction arrive à retranscire avec exactitude les familiarités des jeunes qui discutent entres eux comme les échanges à teneur scientifique ou militaire. Hormis quelques imprécisions sans gravité (« anglais » qui devient « sciences »), la version française est fidèle et se lit avec plaisir. Les menus et autres didacticiels s’avèrent impeccables, la police de caractères étant nettement plus confortable que le style épouvantable adopté dans la version japonaise pour faire « digital »… Curieusement, la localisation reprend les suffixes relationnels japonais comme « -san » ou « -kun ». Ce choix parlera particulièrement aux fans d’animation japonaise, qui sont du reste la cible d’un tel titre.
C’est probalement un détail, mais la première scène de Fuyusaka a semblé toujours aussi confuse tant la marche à suivre est incertaine. Il n’y a heureusement que deux scènes de ce type où le joueur peut bloquer, mais la branche occidentale d’Atlus aurait pu s’y pencher. On constate à nouveau la trop grande facilité du mode normal : les vagues de kaiju (le mot est aussi repris tel quel) sont aussi violentes que l’écume un jour de drapeau vert… Le mode de difficulté dit « intense » est donc plus que recommandé surtout au début. Les sentinelles prennent alors de gros dégâts, ce qui accroît grandement l’intérêt en termes de stratégie. Il est en revanche toujours possible de changer de niveau de difficulté à tout moment, une souplesse appréciable quand on sait que le challenge augmente brusquement toutes les dix batailles.
Test import du 20/03/2020
L’intrigue de 13 Sentinels Aegis Rim est tellement colossale qu’on ne sait guère par où commencer, ni vraiment où terminer. Comme le titre l’indique, vous suivez l’évolution de 13 personnages confrontés à une invasion de machines folles, soudainement apparues dans le Tokyo de 1985. Ces jeunes hommes et filles font appel à des énormes robots, les Sentinelles, dans la lutte pour la préservation de l’humanité. C’est très schématiquement ce que dit le prologue, mais c’est en réalité beaucoup plus compliqué que cela ! Le titre est divisé en deux parties bien distinctes : un mode histoire qui concentre l’essentiel du scénario, et une partie combat pour le côté RPG/stratégie.
Le soulèvement des machines
La première chose remarquable dans la construction du titre de Vanillaware est la très grande liberté accordée dans son cheminement. Le joueur peut passer quand il veut de la partie narrative à la partie combat, ou à l’exploration des nombreux secrets du jeu dans l’encyclopédie. Dans la section histoire elle-même, on peut choisir les personnages dans l’ordre que l’on veut, sachant que si chacun a sa propre destinée, elle est intimement liée à celle des autres. Parfois, il faudra donc atteindre un certain pourcentage dans l’histoire de l’un pour continuer celle d’un autre. Ceci dit, le titre est totalement non-linéaire et cela fait particulièrement plaisir de pouvoir passer de l’un à l’autre comme on le sent. Graphiquement, Vanillaware ne change pas ses habitudes et reste sur une 2D très artistique. Le rendu, proche du dessin à la main, donne un ton particulier aux environnements urbains et aux personnages, dont les animations sont simples mais rigolotes. 13 Sentinels Aegis Rim possède un charme rétro indéniable qui rappelle les années PSOne.
Il y a un gameplay propre à ces phases narratives. Le joueur dirige le personnage choisi dans des écrans en 2D à travers une multitude de petites scènes de quelques minutes. Le truc, c’est qu’il faut trouver la ou les scènes suivantes en récupérant des mots-clés à travers les dialogues. Il y a donc une jouabilité un peu de type puzzle à l’intérieur même du puzzle narratif que représentent les treize arbres de choix de cette partie, l’intérêt étant de dénicher tous les éléments. Une scène peut avoir une, deux, trois ou quatre suites qui sont autant de futurs parallèles formant un ensemble aussi dense que complexe. Chacun des treize personnages connaît plusieurs étapes dans le dénouement.
Difficile de faire justice à la narration de 13 Sentinels Aegis Rim sans entrer dans les détails, mais on va faire attention. L’histoire commence en 1985 mais elle se déroule en réalité sur plusieurs époques : plus tôt dans le 20e siècle mais aussi très, très loin dans le futur. Tous les héros présents en 1985 ne sont pas tous de cette époque et cela a énormément d’implications, comme les militaires de 1945 découvrant l’histoire du pays a posteriori, les agents du futur tentant de changer le cours de l’humanité en interférant avec le « présent », ou tout simplement les jeunes de 1985 découvrant l’horreur d’une société robotisée où l’homme a échoué. L’ensemble est excessivement bien écrit et comporte de splendides références cinématographiques, notamment « l’extra-terrestre » BJ, aussi adorable que celui de Spielberg.
Impossible de ne pas être en émoi en progressant dans l’aventure, qui déverse littéralement les surprises, les mystères, les retournements de situation, les contradictions (apparentes), les passages déchirants, les acteurs inattendus et qui, au final, va beaucoup plus loin que le « simple » voyage dans le temps. Il y a du Matrix, du Evangelion ou encore du NieR:Automata dans 13 Sentinels Aegis Rim, tant les strates du scénario sont pronfondes. Chaque époque a ses propres interrogations et le jeu reste très vague sur l’enchaînement des évenements : jusqu’à la fin, le joueur cherche l’origine des maux de l’humanité travers la pléthore de pistes lâchées ici et là. Il faut voir le scénario comme une immense énigme qui se résout petit à petit mais qui garde pas mal de rejouabilité si l’on veut comprendre les moindres détails. Signalons également l’environnement sonore plutôt efficace, avec des musiques de fond qui participent bien à l’atmosphère et des doublages japonais encore une fois délectables. Les musiques en combat, bien que variées, sont en revanche largement plus effacées.
La guerre des mondes a minima
Les combats, c’est justement le point assez contestable de 13 Sentinels Aegis Rim. Vanillaware a opté pour un gameplay tactique en semi-temps réel : vous choisissez six personnages parmi les treize (qui ont chacun un type de robot attitré) pour lutter contre les hordes de Deimos (nom des créatures dans le jeu) qui arrivent en continu, le but étant de défendre le terminal informatique de la zone pendant deux minutes. Cela paraît court comme ça, mais c’est en réalité très tendu : le temps s’arrête à chaque tour d’un des personnages pour vous laisser décider de la meilleure action à prendre, mais entre deux tours ce sont des vagues d’ennemis, des pluies de missiles qui se déversent vers la base! Il est donc très déconseillé de jouer la montre, surtout en mode difficile où les créatures sont particulièrement robustes. Les mechas prennent aussi très rapidement des dégâts s’ils sont trop à découvert, et sachant que la mort d’un seul personnage est synonyme de défaite, il faut être prudent et mobile dans son déploiement.
La grosse déception de ce mode est qu’il est graphiquement incroyablement austère. Vos unités sont de tous petits triangles perdus sur une carte extrêmement schématique, et les ennemis sont représentés par des icônes pour le moins abstraits. On dirait plus un simulateur de wargame qu’un vrai RPG stratégique. Résultat des courses, il est très difficile de distinguer le type d’unité qui vous attaque, mais aussi de situer vos propres forces. Cette lisibilité un peu caduque est d’autant plus regrettable qu’au delà de ça, le gameplay reste efficace et fun. Il y a quatre générations de robots qui ont chacune leurs spécifités et un avantage tactique différent : la première génération est ultra-efficace au « corps-à-corps » avec ses points d’acier, la deuxième est plus défensive avec la capacité a déployer des tourelles et des leurres, la troisième est efficace à longue distance, et la quatrième tire parti de sa mobilité puisque ce sont les seuls engins volants.
Ce n’est peut-être pas très beau, mais c’est totalement jouissif d’atomiser des dizaines et des dizaines de cibles d’un coup, dans une explosion de chiffres de l’écran tellement l’anéantissement est violent. Chaque génération de mecha embarque des armes très différentes aux effets très divers. Par exemple, le railgun, surpuissant mais rectiligne, est l’arme rêvée pour balayer les Deimos terrestres qui avancent dans les avenues. Aussi possesseur du railgun sus-cité, la troisième génération (de loin la plus excitante à jouer) a également comme armes ultimes le missile Hunter ou la Pluie de Missiles qui produisent un vrai feu d’artifice !
L’organisation 13
Mais 13 Sentinels Aegis Rim est bien un RPG et embarque avec lui une micro-gestion minutieuse. Les combats comme le mode aventure produisent des métacrédits qui sont à utiliser dans le menu de préparation pour renforcer ses héros. Chaque Sentinelle de chaque personnage est entièrement customisable : on peut en améliorer la résistance, l’attaque, la vitesse et les EP (énergie nécessaire pour utiliser l’armement).
L’équipement des mechas, déblocable et améliorable via les métacrédits, a un certain niveau d’efficacité que le joueur fera monter tout au long du jeu. On peut aussi débloquer des capacités passives bien utiles et propres à chaque personnage. Par exemple, Ryôko peut déployer deux tourelles en même temps après acquisition du skill unique de sa machine de 2e génération. De même manière, les pilotes ont des talents personnels qui s’ajoutent au fur et à mesure qu’ils montent de niveau. On peut ainsi se constituer une équipe des « titulaires » très puissante en fin de jeu. Enfin, le terminal de la base (celui-là même que le joueur défend) doit être renforcé par de grandes quantités de métacrédits puisqu’il conditionne l’obtention des armes ultimes. Il peut aussi recevoir des instructions (jusqu’à trois par combat) pour soutenir les alliés de diverses manières, ou se réparer lui-même, action qui est de loin la plus utile.
Une intrigue dense et passionnante
Grande liberté dans la progression
Un design rétro attrayant
Gameplay tactique intéressant
Très bonne localisation française
Superbe ambiance sonore en mode histoire…
… mais peu marquante en mission
Partie combat graphiquement austère, parfois confuse
Mode normal un peu faiblard
Avec les efforts de localisation, le travail de Vanillaware va pouvoir être pleinement apprécié par les joueurs français. Le développeur a donné naissance à un RPG stratégique unique, très accrocheur dans son système de jeu, mais surtout un récit de science-fiction sensationnel dont il serait dommage de perdre ne serait-ce qu’une miette. La traduction française minutieuse nous fait donc recommander encore plus chaudement le titre de rentrée d’Atlus, qui concentre tout ce qu’on adore dans le RPG nippon.
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