FIFA : l’histoire du mode Ultimate Team

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Il y a maintenant près de 10 ans, FIFA Ultimate Team connaissait une évolution majeure de son histoire en devenant un DLC gratuit de FIFA 11. Une première pour un mode encore jeune à l’époque, désormais considéré comme le moteur économique de la simulation d’Electronic Arts et qui a subi de nombreux changements avant de se montrer sous sa forme actuelle.
Quelques chiffres témoignent d’ailleurs de l’omnipotence d’Ultimate Team dans la sphère vidéoludique actuelle : sur l’année fiscale écoulée, les revenus générés par ce mode (tous jeux confondus) représentent ainsi 27% des revenus nets totaux du groupe Electronic Arts, l’éditeur américain précisant par ailleurs qu’une “part substantielle” des revenus d’Ultimate Team provient de la déclinaison de ce mode dans FIFA. En valeur absolue, ces revenus représentent un total de 1,491 milliards de dollars sur l’année fiscale 2020 contre 1,369 en 2019 et 1,180 en 2018.
La préhistoire d’Ultimate Team : UEFA Champions League 2006-2007
Avec de telles hauteurs, il est difficile d’imaginer que l’histoire d’Ultimate Team a commencé par un échec. C’est pourtant bien ce qui s’est produit début 2007 avec la sortie… d’Ultimate Team dans la version 360 d’UEFA Champions League 2006-2007. À nom similaire, concept similaire : vous deviez ici constituer l’équipe de vos rêves en récupérant un maximum de joueurs via l’ouverture de packs. Quelques éléments visuels seront d’ailleurs réutilisés pour la prochaine version d’Ultimate Team comme la couleur des packs ou le rangement des cartes dans une sorte d’album Panini (un modèle depuis disparu), mais l’absence de succès commercial du titre laissera Ultimate Team sur la touche pendant plus de deux ans, avant que la licence de football la plus célèbre d’EA ne lui offre enfin un écrin susceptible de le faire briller.
DLC payant et premiers tâtonnements
Les années de domination de la saga PES vont laisser place à celles de FIFA à compter de l’épisode 08, sorti en 2007. Le renouveau de la licence en terme de mécaniques de jeux va se prolonger et s’affirmer sur son successeur, qui sera également le premier opus à accueillir un Ultimate Team chargé d’apporter un peu de sang neuf à des modes de jeux qui peinaient à se renouveler et n’avaient pour seule star que le mode carrière. La base reste la même, mais l’Ultimate Team apparu le 19 mars 2009 dans FIFA 09 prenait une toute autre forme, celle d’un DLC payant (facturé 14,99 €). Dépourvu de modes de jeux en ne permettant que d’enchaîner les rencontres amicales en local ou en ligne, celui-ci offrait tout de même une version plus aboutie de l’idée d’origine, accentuant l’effort visuel sur les packs et les cartes (bronze, argent et or), tout en ajoutant de la profondeur sur plusieurs mécaniques de jeux. En plus des cartes joueurs, vous pouviez ainsi déjà y trouver les célèbres contrats, tandis que le système du collectif auparavant aperçu dans le mode carrière était également implanté et que la monnaie virtuelle faisait elle aussi son apparition.
À l’image de l’évolution perceptible du gameplay depuis FIFA 08, la seconde mouture d’Ultimate Team va elle aussi “muscler son jeu” à sa sortie en février 2010 sur FIFA 10. En baissant son prix à 4,99 € pour se montrer plus attractive, tout d’abord, mais aussi et surtout en perfectionnant chaque couche de son système de jeu : l’apparition des coupes online et en local, ou l’ajout des packs premium venant compléter le triptyque bronze-argent-or ont notamment été remarqués, mais c’est sans doute l’arrivée de “l’équipe de la semaine” qui fut le changement le plus important de cette fournée. L’idée permettait en effet de retrouver chaque semaine un groupe de 18 joueurs ayant marqués les esprits, et d’apporter par la même occasion un renouvellement régulier à vos équipes en reliant le football virtuel à son pendant bien réel. L’équipe de la semaine est d’ailleurs toujours présente dans les dernières versions du mode, même si celle-ci a profité des dix dernières années pour s’offrir quelques évolutions. Notons également que l’application web permettant d’avoir accès à tout moment au marché des transferts est également lancée avec cette deuxième édition, un choix tout sauf anodin pour un mode uniquement disponible sur consoles à l’époque et qui voit ici une bonne opportunité de ne jamais vraiment lâcher ses joueurs même lorsqu’ils sont éloignés de leur machine de jeu. Pour ses deux premières éditions sous forme de DLC, Ultimate Team rencontre un succès immédiat en dépassant à chaque fois le million de téléchargements, mais son véritable avènement aura lieu dès l’édition suivante.
Du mode “gratuit” à l’explosion commerciale
Après deux sorties consécutives au printemps, Ultimate Team subit une première évolution calendaire dans FIFA 11 en sortant cette fois le 3 novembre 2010, soit quelques semaines à peine après le lancement du titre. Mais la plus grosse nouveauté reste le passage à un DLC gratuit après deux années payantes, un choix résultant probablement de l’économie de plus en plus développée autour de l’achat des packs et de la monnaie in-game, qui supplante progressivement en valeur celle des ventes du DLC. L’édition suivante poursuivra sur cette lancée en intégrant directement Ultimate Team au jeu de base (une formule depuis inchangée) et en le rendant disponible dès la sortie de FIFA 12, fin septembre 2011. Si le passage à un mode gratuit, puis intégré directement au jeu a forcément contribué au succès d’Ultimate Team qui dépasse les 4 millions de téléchargement avec FIFA 11 puis 6,7 millions de joueurs FUT avec FIFA 12, l’augmentation croissante des ventes de FIFA depuis l’épisode 08 – désormais au dessus des 8 millions d’exemplaires alors que son concurrent PES stagne à 4 – a aussi probablement accentué le succès du mode en question. FUT 12 sera également le premier accessible aux joueurs PC, qui ne pouvaient jusque là pas profiter du DLC Ultimate Team et bénéficient donc de ce nouveau modèle pour enfin avoir accès au mode de jeu phare de FIFA.
Il ne faut pas non plus négliger l’apport des autres évolutions du mode, qui malgré des sorties anticipées sur FIFA 11 et 12 est parvenu à nous offrir quelques nouvelles bonnes idées. FUT 11 reprend ici les célèbres patches d’effectif utilisables pour les matches classiques ou le mode carrière, mais jusqu’alors ignorés dans Ultimate Team, pour se mettre à jour en fonction des mercatos réalisés pendant la saison. Ses ajouts les plus significatifs demeurent tout de même la possibilité de choisir un adversaire précis en ligne, et l’intégration des classements, deux nouveautés qui préfigurent alors de la future évolution du mode encore plus centrée sur des ajouts venant densifier l’expérience multijoueurs. FUT 12 se distingue quant à lui par quelques ajouts pratiques comme les notifications en cas d’enchères sur vos cartes ou la possibilité de participer à plus d’un tournoi à la fois, mais aussi par l’approfondissement et la déclinaison du concept d’équipe de la semaine, désormais accompagné de l’équipe de l’année, les hommes du match et les équipes de la saison. FUT profite aussi de l’arrivée de ses nouveautés pour travailler le code couleur de ses cartes afin de rendre le tout plus lisible par les joueurs : les joueurs de l’équipe de la semaine abandonnent leur apparence classique pour adopter une couleur noire (qu’ils ne quitteront plus) dans FUT 11, tandis que FUT 12 opte pour l’orange afin de distinguer les hommes du match, exception faite des hommes du match internationaux qui vont ici se montrer sous une couleur violette. Ils passeront également par la couleur verte avant d’opter pour un orange les rapprochant des versions classiques des cartes homme du match.
FUT 13, 14, 15 : solides sur leurs bases malgré les premières secousses
Le lancement de FUT 13 ne laisse pas que de bons souvenirs aux joueurs, et pour cause : quelques jours avant l’arrivée du titre, EA avait laissé à ces derniers la possibilité d’accéder en avance à l’application web pour commencer à préparer leur future partie de FUT. Une fort bonne idée, mais qui aboutit malheureusement à la découverte d’une faille de sécurité permettant de récupérer une quantité illimitée de monnaie in-game. Un problème suffisant pour perturber l’économie du jeu et qui sèmera les premiers doutes sur la capacité d’Electronic Arts à faire face aux cheaters apparus avec la popularisation de son nouveau monstre. En dehors de ce premier accroc, tout roule pour FUT qui se rapproche de plus en plus des stars du football, elles aussi accrocs au mode. L’un des premiers spots TV marquants (visible ci-dessous) date donc logiquement de cette édition et intègre une jolie brochette des joueurs avec Lionel Messi en guise de cerise sur le gâteau, tandis que les premières cartes de joueurs professionnels font leur apparition pour sceller le rapprochement d’Ultimate Team avec le monde professionnel. De couleur turquoise, ces cartes sont ici réservées aux joueurs professionnels qui en font la demande, et certains d’entre vous ont notamment pu l’apercevoir lorsque Valentin Rongier (alors joueur du FC Nantes) avait il y a quelques années pu atteindre la finale du tournoi FIFA d’Orange e-Ligue 1 avec sa propre carte notée à 95 de général.
Pour le commun des mortels, FUT 13 avait aussi de sérieux atouts avec l’ajout du système de saisons disposant alors de 5 divisions – 10 aujourd’hui – qui venait confirmer l’envie d’EA d’apporter toujours plus de matière aux amateurs de joutes en ligne, mais aussi des éléments plus “pratiques” visant à rendre le mode toujours plus accessible : la déclinaison de l’application web en version mobile pour que FUT soit aussi présent dans votre poche, le changement du système de micropaiement avec l’introduction des points FIFA ou encore la mise en place d’une interface épurée et moderne, qui a inspiré tous les épisodes suivants. Quelques ajouts moins médiatiques, mais notables, sont aussi à souligner comme les défis de l’équipe de la semaine ou l’intégration des tâches managers.
Dès l’année suivante, FUT introduit une nouveauté majeure avec l’apparition des cartes légende qui, comme leur nom l’indique, permettent de jouer avec certaines des plus grand stars passées du ballon rond. Un ajout de poids, mais qui n’est alors réservé qu’aux joueurs Xbox, les possesseurs du titre sur console PlayStation devant patienter jusqu’à FIFA 18 avant de pouvoir à leur tour profiter de ces légendes, renommées icônes pour l’occasion. Sur le plan du gameplay, les cartes style viennent s’ajouter en tant que consommable boostant les caractéristiques de certains joueurs, tandis que le mode continue à se montrer plus accessible, soignant quelques atouts annexes comme la possibilité de changer le numéro des joueurs ou définir les tireurs de coup de pied arrêtés avant le match, tout en ajoutant les cartes de managers. Mais le signe évident de la maturité de FUT, c’est la suppression des cartes formation et moral afin d’alléger un mode devenu copieux et de s’assurer que l’équilibre reste maintenu.
FUT 15 connaîtra de nouveau un épisode évoquant les prémices du 13 : entre cheaters et dérèglement du marché de transfert des cartes, les développeurs optent finalement pour la mise en place d’une limite de prix visant à réguler l’inflation constante et toujours en vigueur aujourd’hui. Malgré ces remous et les premières suppressions de mécaniques de jeux l’année précédente, FUT 15 continue de proposer des nouveautés en intégrant ici de nouvelles cartes de joueurs : les joueurs héros (couleur violette), qui évoquent les cartes hommes du match , mais se montrent plus rares, et les Futties (couleur rose), sélectionnées par la communauté en fin de saison. Des joueurs de prêts d’un niveau souvent élevé (comme Pelé ou Messi) sont également disponibles par le biais du catalogue EAS FC, implanté l’année précédente, tandis que les célèbres 6 attributs mis en avant sur les cartes FUT sont ici modifiés à la marge, avec le remplacement de la caractéristique “jeu de tête” par “physique”. Le système de saisons amicales ou la capacité de bâtir des équipes concept en prévision de vos futures acquisitions sont également à souligner.
L’expansion suit son cours sur cette période, durant laquelle FUT fait bien plus que trouver son rythme de croisière en dépassant les 10 millions de joueurs. Malgré une expansion commerciale et financière incontestable, FUT sera ensuite confronté, tout comme FIFA, a ses premières limites qui l’escorteront jusqu’à la fin de la génération actuelle.
Draft et FUT Champions, la limite de FUT ?
La cuvée 2015 de FUT se veut discrète, bien plus que les précédentes, avec un seul ajout notable : la draft. Ce mode permet ici de sélectionner vos joueurs poste par poste en ayant à chaque fois 5 choix, le tout afin d’essayer de bâtir une équipe cohérente au collectif solide. Le caractère innovant et frais de ce mode draft se retrouvera un an plus tard dans l’ajout des défis création d’équipe, qui seront l’occasion d’offrir en guise de récompense un nouveau type de cartes : fin d’une ère, représentant des joueurs majeurs venant d’acter leur retraite.
C’est finalement sur FIFA 17 que l’autre nouveauté majeure des récentes années de FUT a pointé le bout de son nez. FUT Champions, c’est son nom, fait ici office de système de qualification en ligne permettant potentiellement d’obtenir un précieux sésame pour la FIFA Interactive World Cup (FIWC, devenu FIFA eWorld Cup sur FIFA 18). Sans surprise, celui-ci a contribué a accentuer le caractère compétitif du mode, mais cela ne s’est pas fait sans heurts : la ligue week-end a ainsi été vivement critiquée par plusieurs joueurs, notamment professionnels, par son obligation de disputer 40 matches sur une fenêtre extrêmement réduite. Des critiques qui ont conduit EA à réduire plus récemment le nombre total de matches et assouplir les conditions de qualification, mais qui n’ont pour autant pas gommé toutes les frustrations autour du modèle compétitif de FIFA. Entre la multiplication des différents types de cartes (encore accentué par l’arrivée des licences des coupes européennes sur FIFA 19) qui augmente mécaniquement le niveau moyen des équipes et gomme la sensation de progression ou les nécessaires dépenses croissantes des joueurs professionnels pour se constituer rapidement une équipe de haut niveau qui rendent le ticket d’entrée de moins en moins accessible, le mode semble peiner à trouver son juste équilibre.
Il se trouve sans doute face à ses premières grosses difficultés populaires et critiques, tout en conservant paradoxalement l’immense succès commercial que nous évoquions en préambule de l’article. Un dernier point qui pourrait toutefois être malmené si la mesure d’interdiction des lootboxes en Belgique venait à s’étendre au niveau mondial, ce qui priverait ce mode de sa plus grosses source de revenus et obligerait Electronic Arts à repenser son modèle. Mais plus de deux ans après la mise en place de la mesure chez nos voisins belges, la question de l’interdiction des lootboxes ne semble plus être un sujet majeur des gouvernements actuels, exception faite de l’Angleterre qui avait évoqué la question en fin d’année dernière.
Reste à voir si les nouveautés de FUT 21 préfigureront d’un premier pas vers le renouvellement du mode, entre l’intégration de la coop, de nouveaux évènements d’équipes ainsi qu’une customisation poussée et parfois fantasque de vos stades. Des ajouts qui semblent davantage lorgner du côté de l’ajout mineur que de la grande refonte, encore faudra-t-il poser nos mains sur le titre, attendu pour le 9 octobre prochain, avant de l’affirmer avec certitude.

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