Red Dead Redemption a 10 ans

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Et oui, déjà. Difficile d’y croire tant Red Dead Redemption a peu vieilli. Cette intemporalité découle de bien des aspects. Sa plastique, ses systèmes de jeu et son écriture ont influencé le jeu en monde ouvert et l’industrie en général pour la décennie à suivre. S’il prend ses racines dans Grand Theft Auto, RDR s’est construit sa propre mythologie et a réussi à se démarquer de ses prédécesseurs avec brio. Novateur d’un point de vue technique et même en termes de philosophie de gameplay dans le paysage dans un AAA, le western de Rockstar aura marqué bien des joueurs. Revenons sur ce monument de la 7e génération de console.
Il y avait de quoi être circonspect face à son annonce. À l’époque personne ne voulait d’un western et le genre avait presque déserté le paysage vidéoludique. C’est bien la passion pour le genre et le 7e art en générale qui poussera le studio à entreprendre un de ses projets les plus ambitieux jusqu’à lors. Après avoir écumé la fin du XXe siècle et le tout début du nouveau millénaire avec son gang d’antihéros, Rockstar pose ses valises dans le sud-ouest d’une version fantasmée des États-Unis des années 1910. Red Dead Redemption fait suite à Red Dead Revolver, un jeu d’action aventure qui prend place 30 ans plus tôt. Aucun élément scénaristique ne relie cependant les deux jeux, faisant de RDR une suite spirituelle du premier volet.
Entre progrès et continuité
Dans sa structure, Red Dead Redemption reprend le schéma traditionnel de GTA. Un homme à tout faire résout les problèmes des habitants de la région en acceptant leur mission contre monnaie trébuchante ou autre service. Pour ce faire, les développeurs nous mettent dans la peau de John Marston. Un gangster qui, pour se repentir, doit mettre fin aux agissements de ses anciens compagnons d’armes.
Ce postulat de départ qui prend place dans une révolution industrielle déjà bien entamée pose un ton mélancolique plutôt singulier dans le paysage du jeu à gros budget de l’époque. L’Ouest est conquis, le monde qui naît n’est plus pour les cow-boys et les gangs et ils ne sont plus faits pour ce monde. Tout ne peut que mal finir. Cette idée de l’Histoire qui avance inexorablement en laissant Marston, Dutch et sa clique derrière se veut centrale dans le scénario et montre une maturité certaine atteinte par les auteurs de Rockstar, Dan Houser en tête. Red Dead Redemption s’inscrit dans une continuité thématique par rapport à Grand Theft Auto IV. Si les premiers GTA tiennent plus de la parodie du film de gangsters et de la comédie d’action des années 80, GTA IV et RDR partagent une thématique morale commune : Une fois rentré dans la violence, il est impossible d’en sortir. Les deux jeux voient leurs protagonistes poursuivis par leurs anciens démons et sont contraints de les pourchasser à leur tour. Ce sous-texte se veut particulièrement bien amené et crée un paradoxe intéressant avec la liberté qu’il offre au joueur. Le propos du titre est aux antipodes de ce que le développeur propose en termes de violence gratuite dans certaines de ses productions, accusées de corrompre toute une génération de jeunes joueurs à chaque sortie de Grand Theft Auto. La singularité et la maturité du script, agrémenté de (très) nombreuses références au Western Spaghetti, ne sont pas étrangères à la réputation du titre.
Si sur le fond, la formule ne diffère pas de la série de gangsters de Rockstar, c’est dans son exécution que l’open-world prend une toute autre ampleur. La narration éclatée composée de missions et de cut-scenes fonctionne à merveille. En effet, de par son cadre temporel et géographique, RDR justifie le fait que le scénario n’avance que lorsque le joueur le décide (la communication et les déplacements étant bien plus limités à cette période qu’à l’époque contemporaine).
L’Ouest grouille de vie, d’une part grâce à sa plastique impressionnante et d’autre part grâce à de nouveaux systèmes de jeux. Des scripts et des évènements se déclenchent aléatoirement au détour d’une route. Un cougar bondit sur une nonne, une jeune femme à côté d’une diligence accidentée se révèle être un appât pour une embuscade, les chasseurs de primes vous traquent inlassablement… Ces microévènements, couplés à une gestion météorologique au top, donnent du corps à l’univers et rendent le monde de RDR particulièrement crédible et immersif en altèrnant avec brio les séquences narratives intenses et la contemplation en toute liberté.
Rockstar en a fait une marque de fabrique, la qualité de production exceptionnelle pour l’époque rend Red Dead Redemption encore tout à fait recommandable aujourd’hui. De nombreuses technologies sont mises en oeuvre pour donner vie à cet univers. Le moteur R.A.G.E. (Rockstar Advanced Game Engine) propose non seulement des panoramas à couper le souffle, mais aussi un moteur physique inégalé à l’époque. Les cadavres des ennemis chutent avec réalisme, se bloquent le pied dans les étriers et rebondissent à la moindre aspérité du sol une fois traîné au lasso derrière notre canasson.
La bande-son adaptative, composée en La mineur par Woody Jackson, reste dans les mémoires et chacun se souviendra du thème original à l’harmonica en introduction, simplement magistral. La ligne de basse s’emballe au premier coup de feu, mais les pistes audio savent se faire discrètes lors de l’exploration.
Deux mètres étalons
Il aura fallu attendre 6 ans pour avoir la confirmation d’une suite au jeu déjà culte. Annoncé en un tweet et un logo sur fond rouge, Red Dead Redemption II enflamme la toile avant même d’avoir un nom. La réputation seule du studio suffit à générer de la hype et prouve que la licence a d’ores et déjà touché bon nombre de joueurs. Unanimement acclamée par la critique, cette suite au budget gargantuesque et à la production pharaonique n’aura pas manqué de faire parler d’elle. En réitérant sur sa formule et en accentuant d’autant plus certains aspects de son gameplay, Red Dead Redemption II s’oriente bien plus vers la simulation que son aîné et tranche radicalement avec la saga Grand Theft Auto en termes d’expérience de jeu. Il faut gérer sa faim, son énergie, la chasse devient donc primordiale. Atmosphérique, exigeant, et centré sur son scénario, RDR II dispose d’une proposition forte que peu de AAA d’un tel calibre peuvent se permettre d’essayer.
Le joueur contrôle Arthur Morgan, le bras droit de Dutch Van Der Lind, et comparse de John Marston plusieurs années avant les évènements du premier épisode. Nous suivons ces protagonistes et leur gang, en plein exode à travers l’Amérique, persuadés que cette dernière a encore une place pour eux.
Une nouvelle fois, Rockstar impose de nouveaux standards techniques à toute une industrie et a pour ambition de proposer le divertissement ultime. Écrasant de maestria, mais pas dénuée de défauts, cette suite réussi le tour de force de s’intégrer à merveille à l’histoire du premier volet. En donnant plus d’épaisseur à Dutch, le chef de gang, et à ses hommes que nous traquons dans le premier épisode, Red Dead Redemption 2 permet une plus grande empathie pour ces personnages et rend leur destin d’autant plus tragique. Écrit d’une main de maître et particulièrement bien narré, RDR 2 complète à merveille Red Dead Redemption et le sublime, en comblant les espaces laissés volontairement vides à l’époque. Le scénario marque les esprits grâce à ses personnages brillament construits et le système de feu de camp, permettant de voir évoluer sa grande famille et les relations entre les personnages au fil du jeu.
Difficile de tarir d’éloges face à des titres ayant à ce point marqué l’industrie. Ces mètres étalons de l’industrie vidéoludique auront su se détacher de leur modèle. Si à l’heure actuelle rien n’a officialisé le développement d’une éventuelle suite, il est dur de croire que cette dernière n’est pas envisagée du côté de Rockstar tant le succès des deux épisodes fut au rendez-vous. Espérons seulement qu’elle sera au niveau de ses prédécesseurs, mais elle aura fort à faire pour y parvenir.

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