RoboCop et jeu vidéo : L’implacable loi des adaptations

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Les années 1980’s furent un terreau fertile pour la pop-culture. Cette décennie en particulier a donné naissance à de nombreux monstres et créatures “sacrés” du cinéma qui hantent encore aujourd’hui le 7e Art. Nous pourrions citer le T-800, le Predator ou encore le xénomorphe, des antagonistes d’exception, mais de l’autre côté de l’échiquier se trouve un fervent défenseur de la justice, un personnage profondément humain. Depuis sa mise en tension, RoboCop arpente les arts sous toutes ses formes (ou presque) et le jeu vidéo ne fait pas exception.
1980’s
Le policier cybernétique de Détroit sort des chaînes d’assemblage de l’Omni Cartel des Produits (ou OCP) le 17 juillet 1987 et commence à patrouiller dans les salles obscures. RoboCop, réalisé par Paul Verhoeven (Basic Instinct, Starship Troopers, Total Recall…) et produit par Orion Pictures, dépeint un futur dystopique, celui d’une ville “usine” des Etats-Unis en proie à une criminalité galopante et dominée par une mégacorporation omnipotente. Le film marque durablement les esprits par sa violence graphique et la justesse des thèmes abordés (ici le libéralisme sauvage et la quête d’humanité de son héros) et s’impose dans l’imaginaire collectif. Cette reconnaissance aura d’ailleurs des répercussions sur l’avenir de ce personnage de fiction devenu bien malgré lui une icône auprès des enfants.
Il faut attendre moins d’un an pour assister à la première arrestation du policier dans le jeu vidéo. En 1988 sort RoboCop développé par Data East. Cette adaptation officielle du film éponyme est un Run & Gun efficace salué selon les machines pour son respect du matériau d’origine, ses animations et l’intégration des voix digitalisées des acteurs. La même année RoboCop dégaine une première série animée de 12 épisodes destinée à une audience plus jeune. RoboCop : The Animated Series édulcore le propos et altère en profondeur un univers cyberpunk imprégné de violence afin de s’ouvrir au grand public. Et le pire reste à venir.
1990’s
Alex Murphy reprend du service en 1990 sous la direction du réalisateur Irvin Kershner (Star Wars Episode V : L’Empire Contre-Attaque…) et la plume de Frank Miller (auteur réputé de comics) pour un résultat plus que décevant. RoboCop 2 marque alors un point de non-retour pour une saga en pleine ascension, mais devenue au fil du temps une caricature cartoonesque d’elle même. Et si le salut du policier de Détroit se trouvait dans le jeu vidéo ? Data East et Ocean Software poursuivent leur politique d’adaptation des films avec RoboCop 2, un Run & Gun séduisant peinant toutefois à se renouveler.
Fait étonnant, moins si nous nous attardons sur le développement de titres adaptés de films dans les années 1990’s, le jeu vidéo RoboCop 3 sort initialement en décembre 1991 avant d’être porté sur de nombreuses machines entre 1992 et 1993, année de sortie du film. Digital Image Design propose une expérience multiple faite de gameplays variés allant de la conduite, au tir en passant par des phases en jetpack et un combat face à un robot ninja. Malheureusement, plusieurs versions ultérieures de RoboCop 3 dont celles sur Nintendo Entertainment System, Super Nintendo Entertainment System et Mega Drive se contentent d’être de prévisibles Shooter-plateforme, perdant au passage la richesse de leur aîné.
Et que dire du film réalisé par Fred Dekker (non-crédité sur Demolition Man, L’arme fatale 4, Titan A.E…) ? Sans raviver la flamme de l’éternel débat sur le caractère essentiel ou non de la violence dans la franchise RoboCop, le film RoboCop 3 peine à convaincre et transforme une dystopie brutale en saga “tout public”, une décision qui ne fait pas l’unanimité auprès des fans. L’année 1993 nous réserve encore une surprise de taille. Un crossover vient redorer le badge du personnage. RoboCop déclare la guerre à Skynet et à ses T-800 dans RoboCop Versus The Terminator. Cette nouvelle adaptation repose cette fois-ci sur la mini série de comic books du même nom publiée un an auparavant par Dark Horse. Ce Run & Gun reste principalement dans les mémoires pour avoir orchestré la rencontre vidéoludique entre deux personnages cultes du cinéma.
Films et jeux vidéo ont ponctué deux décennies et pourtant ce sont bien deux séries qui concluent un 20ème siècle qui a vu grandir et s’épanouir le justicier cybernétique. RoboCop : The Series de 1994 occulte les deux longs métrages décriés et reprend comme si de rien n’était la nouvelle vie d’Alex Murphy. Quatre ans plus tard, en 1998, une série animée intitulée RoboCop : Alpha Commando intervient sur petit écran et réactive le cyborg pour lutter contre une organisation terroriste. Après 40 épisodes et une unique saison, la série prend fin.
2000’s
L’avenir ludique de la franchise est confié aux débuts des années 2000’s à Titus Software qui en acquiert les droits. L’éditeur français dégaine en 2001 RoboCop sur Game Boy Color, un Run & Gun semblable à celui de 1988, tandis que la version Game Boy Advance est annulée l’année suivante. Le policier prend tout de même le temps de s’offrir une ultime virée télévisée avec RoboCop : Directives Prioritaires, une mini série de 4 épisodes se déroulant 10 ans après les événements du RoboCop de Paul Verhoeven. Ce bol d’air est malheureusement de courte durée.
En 2003, Titus Interactive (anciennement Titus Software) assène un coup fatal au personnage avec RoboCop. Ce jeu de tir à la première personne disponible sur PC, PlayStation 2, Xbox et Gamecube a pour seul et unique fait d’armes d’atteindre difficilement les 30% sur Metacritic. Fort heureusement, la franchise a de la ressource et se relève dès 2004 de cet échec grâce à RoboCop sur mobiles… un jeu d’action 2D développé par Digital Bridges opposant le justicier de métal à Clarence Boddicker (principal antagoniste du film de 1987) et son gang.
2010’s
Dix longues années… il faut attendre une décennie complète pour assister au retour de RoboCop et quel retour ! RoboCop du réalisateur José Padilha (Troupe d’Elite, Troupe d’Elite : L’ennemi intérieur) relance la franchise sur grand écran en février 2014 non sans diviser l’opinion. Avant même sa sortie, ce remake subit le courroux des fans qui prennent pour cible le design mis à jour de RoboCop. Le scénario et les liberté prises par rapport à celui d’origine décontenancent également une audience désireuse de retrouver une version modernisée du RoboCop original et non une réappropriation.
Les vieilles habitudes sont tenaces et le film de 2014 n’échappe pas à son adaptation en jeu vidéo. Glu Mobile, en charge du projet, assemble sur iOS et Android RoboCop : The Official Game. Ce jeu de tir à la troisième personne générique bien que plaisant à prendre en mains est la victime consentante d’un modèle économique Free to Play agressif au dernier degré pointé du doigt par la critique. RoboCop et jeu vidéo font rarement bon ménage, la faute à une politique majoritairement d’adaptation au détriment du personnage et de son univers crasseux de science-fiction. Néanmoins, le policier de Détroit pourrait relever la tête en pénétrant dans l’arène de Mortal Kombat 11 et plus précisément dans son extension Aftermath. Ce sera l’occasion de voir s’affronter pour la postérité le cyborg de l’OCP et le T-800 de Skynet dans un remake “mortal” de RoboCop Versus The Terminator.

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