Spellbreak : Avatar, le dernier maître du BR ?

Origine de l'article : PRESSE NUMERIQUE .

Près de 2 ans après son annonce et de longues phases d’alpha et de beta fermée, Spellbreak débarque finalement sur toutes nos machines. Ce Battle Royale free-to-play, mettant en scène des sorciers se tirant la bourre à coup de boules de feu et de projections de rocher, a de quoi attirer le quidam lassé des pétoires traditionnelles. Le concept est séduisant, mais au-delà de ses joutes usant du maniement des éléments, qu’apporte Spellbreak à la formule éprouvée du BR ?
Un BR ? Encore ?
Sur le fond Spellbreak est un Battle Royale pur jus. Une cinquantaine de sorciers, répartis en équipe de 3, sont largués au-dessus de l’aire de jeu. À eux de récupérer améliorations et équipements afin d’augmenter leurs chances de survie face à l’inévitable affrontement final causé par la réduction de la zone de conflit. La formule est ici appliquée à la lettre et n’évolue pratiquement pas. En effet, le titre de Proletariat ne semble pas avoir pour ambition de révolutionner le BR ou d’en offrir une relecture, mais plutôt d’apporter son grain de sel à l’ensemble. Pour ce faire, Spellbreak propose un système de progression. Avant chaque partie, le magicien en herbe sélectionne une classe lui conférant un gantelet infusé de sorcellerie élémentaire et des bonus passifs liés à cet élement qu’il débloquera au fil de la partie. Conduction électrique, lance de glace, boules de feu, projections de rocher, rafales de vent, jet toxique… Autant d’éléments aux propriétés distinctes avec lesquels le joueur devra se familiariser. Une fois en partie, il pourra récupérer un gantelet d’un autre type afin de combiner les pouvoirs procurés par les artéfacts. Toutefois les bonus de classe de ce second gant ne s’appliqueront pas. Ces derniers sont nombreux et ont des utilités diverses et variées. Par exemple un magicien ayant décidé de commencer sa partie avec le gantelet de glace créera une piste gelée devant lui à chaque tir. Cette piste lui permettra de glisser et de se déplacer bien plus rapidement. Cet effet passif ne s’applique pas aux autres classes et ce, même si ces dernières récupèrent un gantelet de glace au cours de la partie. Le joueur peut donc légèrement se spécialiser en amont des affrontement. Pour les autres effets de classe, on peut citer une augmentation de dégâts de brulure pour la pyromancie ou un simili-rocket jump pour les maitres de l’air.
Les réductions de zones s’accompagnent d’une montée de niveau des joueurs. Ce level up débloque des buffs passifs supplémentaires. Par exemple, le niveau 3 du Tailleur de Pierre lui permet de doubler l’utilisation de son sort principal et ainsi de projeter deux énormes rochers sur ses assaillants. Cette montée en puissance globale, couplée à l’amélioration de l’équipement des participants, donne un souffle épique plutôt agréable aux affrontements de fin de partie.
Les classes profitent également d’un système de progression hors partie permettant de débloquer des talents. Ces derniers agissent comme des compétences passives et ont une influence plus ou moins importante sur le gameplay. La Pierre de Vie ressuscite en cas de mort avec quelques points de santé, Harmonie immunise au gel, Ferveur augmente votre vitesse d’attaque… Si ces effets s’avèrent relativement variés, ils ne changent pas drastiquement l’expérience de jeu et ne semblent pas créer de déséquilibre flagrant. Les conséquences de ces choix s’avèrent finalement assez anecdotiques la faute à une faible modification statistique de ces talents. Toutefois en lootant des parchemins, les sorciers peuvent accroitre la puissance de ces buffs passifs.
« Tu es un survivant, Harry »
Si sur le plan structurel Spellbreak ne brise pas les conventions, son attrait réside avant tout sur sa proposition de gameplay. Sur ce point, le constat s’avère plutôt positif. Le joueur peut léviter et user de ses pouvoirs élémentaires. Tous deux sont soumis à une jauge de mana commune, se vidant et se remplissant rapidement. Une gestion intelligente de cette jauge s’avèrera vite indispensable pour sortir vainqueur des escarmouches. Chaque élément se comporte différemment et requiert donc d’adapter sa visée et son anticipation. Les boules de feu, lentes et à la large zone d’explosion, s’apparentent à des roquettes, tandis que les projectiles venteux s’enchainent rapidement et atteignent leur cible en un éclair. Survoler les champs de bataille en faisant pleuvoir des rochers sur ses adversaires est grisant, c’est indéniable.
Cependant on regrettera un manque de jusqu’au-boutisme dans la gestion des pouvoirs et de leur combinaisons. Chaque gantelet de pouvoir propose un tir principal et un secondaire. Ces tirs secondaires, plus impressionnants, sont soumis à un délai de récupération et peuvent être combinés les uns avec les autres. Par exemple, imaginons qu’un joueur soit équipé d’un gantelet de feu et d’un gantelet de pierre. Avec ses tirs secondaires, il peut générer un mur de flamme à travers lequel il propulsera un rocher qui s’enflammera et infligera des dégâts supplémentaires. En suivant ce principe, il est possible de neutraliser les nuages de poison en les gelant ou encore d’insuffler une tornade de rayons électriques. Si sur le papier ces interactions sont intéressantes et impressionnantes, surtout en fin de partie, elles ne s’avèrent pas décisives. Couteux en mana et parfois difficile à mettre en place à cause du chaos ambiant, ces combos ne s’avèrent que rarement rentables et on aura tôt fait de leur préférer les tirs principaux, bien plus fiables.
Pour compléter son équipement, le joueur peut ajouter un dernier pouvoir en récupérant des Runes. Ces artéfacts doivent être lootés et chaque sorcier ne peut en équiper qu’un à la fois. Malheureusement ces capacités manquent de variété, hormis une rune permettant de repérer les ennemis proches et un pouvoir d’invisibilité, toutes représentent des moyens de déplacement. Téléportation, vol, petit saut, grand saut et lévitation… Autant de variation d’un même concept qui n’apporte finalement que peu de choses à la formule. Étonnant pour un titre ayant profité d’un nombre aussi élevé de bêtas tests. De plus ces pouvoirs ne sont pas logés à la même enseigne. Les joueurs l’ont bien compris, car tous semblent utiliser la rune de Vol, permettant de couvrir une gigantesque distance ou de dominer le champ de bataille en prenant de la hauteur. Comme justifier l’existence d’une rune permettant de sauter alors qu’une autre permet de prendre son envol ? D’aucuns diraient qu’il s’agit là d’un moyen de gonfler artificiellement le nombre de capacités à looter…
Le loot justement parlons-en. En plus d’un second gantelet, chaque sorcier peut donc récupérer une Rune, une ceinture, un talisman, des bottes et des parchemins. Chacun de ces équipements dispose de variations rares, épiques et légendaires améliorant leurs effets et statistiques. Les ceintures permettent d’équiper de l’armure, les talismans augmentent la réserve de mana, les bottes impactent positivement notre vitesse de déplacement, et les parchemins boostent nos talents. Le tout s’avère clair comme de l’eau de roche et la profusion de loot assure une montée en puissance constante de notre avatar. Les icônes sont claires et les codes couleur indiquant le niveau de rareté, classiques, sont efficaces ce qui rend la récupération des items facile et rapide. Une pression rapide sur la touche d’interaction vous fera automatiquement récupérer une amélioration ou un objet que vous ne possédez pas encore, tandis qu’un échange se fera forcément par un appui prolongé. Impossible donc de perdre son gantelet favori par erreur. C’est agréable, car ce faisant, Spellbreak se passe d’inventaire, tout en minimisant les mauvaises manipulations potentielles. Si on oublie quelques pouvoirs anecdotiques qui ne trouveront que rarement preneurs, le loot s’avère donc agréable et bien équilibré.
Une zone de jeu plaisante mais inerte
Une des conditions sine qua non à la qualité et donc à la réussite d’un BR est sans aucun doute son aire de jeu. Une carte de BR se doit de disposer de points chauds rapidement identifiables et de zones permettant différentes approches, mais elle doit surtout permettre une navigation fluide tout en étant agréable à l’oeil. De ce point de vue Spellbreak s’en tire plutôt bien, car la direction artistique du titre de Proletariat a de faux airs de Zelda Breath of the Wild, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Les grandes plaines vallonnées parsemées de châteaux en ruines n’y sont pas étrangères, mais ce n’est pas le seul biome accessible. On peut donc arpenter des zones désertiques, brumeuses ou de véritables no man’s land que les hyènes du roi lion ne rechigneraient pas à s’approprier. Ces terrains disposent d’architectures distinctes et d’un taux plus ou moins élevé de cachettes créant de multiples situations et obligeant le joueur adapter son style de jeu. Si on peut noter la présence de quelques zones plus propices aux escarmouches, ce sont bel et bien les loots légendaires apparaissant aléatoirement sur la carte qui rythmeront les affrontements. En effet, tous les joueurs sont notifiés de leur présence, et ce dès le début de la partie.
On regrettera toutefois un manque de vie dommageable dans toute l’aire de jeu. En effet, les environnements restent désespérément statiques face à nos interactions. La végétation ne réagit pas à nos tornades, les feux ne se répandent pas à travers les hautes herbes, les roches projetées ne laissent pas de trous béants à nos pieds… Aucun petit animal ne fait acte de présence et pas la moindre petite bourrasque de vent ne vient insuffler de la vie à cette carte qui en a désespérément besoin. Cet état de fait n’est pas aidé par un manque de son d’ambiance plutôt perturbant. De plus, nos personnages sont muets et hormis la musique du drop, aucune composition ne vient ponctuer la partie. Il en résulte une désagréable sensation de vide et d’inachevé.
S’il s’avère bien pensé et efficace, Spellbreak manque de polish. Le système de ping s’avère limité et contraignant. Pour supprimer un marqueur, il est obligatoire de cliquer précisément sur son emplacement, sans quoi au lieu de l’annuler vous en placerez un nouveau. Il n’est pas possible de fermer la carte du jeu d’un clic droit ou d’une pression de la touche escape, ce qui par défaut oblige le joueur à lâcher sa souris pour venir presser la touche m. Impossible de ne pas mentionner le mixage audio raté qui met plus l’emphase sur l’ouverture d’un coffre que sur certains projectiles. Le tout est accompagné de bugs visuels occasionnels qui, à défaut de gâcher l’expérience, témoignent d’une finition qui laisse quelque peu à désirer.
Un gameplay jouissif, qui fait la part belle aux pouvoirs
Une carte plutôt jolie et bien pensée
Une direction artistique qui fait le job
Un sentiment de montée en puissance constant
Un loot bien calibré dans l’ensemble
Certains éléments, comme la glace, très bien implémentés au gameplay
Des Runes de déplacements redondantes
Des combinaisons d’éléments finalement peu décisives
Un mixage audio perturbant et une absence de sons d’ambiance dommageable
Un univers qui manque cruellement de vie
Quelques bugs
Un Battle Royale un peu sage
Bien pensé et jouissif à prendre en main, ce nouveau venu dans le grand bain du BR se démarque avant tout par sa proposition séduisante. Le titre de Proletariat parvient à insuffler une sensation de puissance très agréable à ses affrontements grâce à des pouvoirs grisants. On regrettera toutefois des combinaisons entre les différents éléments qui s’avèrent finalement plutôt anecdotiques et une finition globale qui laisse à désirer. Si l’aspect figé de son univers et l’application scolaire de la formule Battle Royale ne vous font pas peur, vous pourrez passer un très bon moment. Espérons que les équipes de développement soient à l’écoute des joueurs, car s’il est à l’heure actuelle un jeu tout à fait recommandable, Spellbreak a le potentiel pour en devenir un excellent.
14

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*